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Reportage : La jeunesse britannique et le Brexit

Ils s’appellent John, Andrew, Matthew, Dan, Thomas et Lizzie. Ils ont entre 18 et 25 ans et vont devoir, jeudi 23 juin 2016, faire le choix de rester dans ou de quitter le cadre familier de l’Union européenne (UE). À écouter une partie des commentateurs, les jeunes seraient majoritairement en faveur du «stay (1)» (2) et pourraient faire pencher la balance s’ils se mobilisent le jour du scrutin. Le point de vue mérite cependant d’être approfondi et sorti des données abstraites. Bien sûr, cette analyse ne prétend pas être exclusive ni représentative du point de vue de l’entièreté de la jeunesse britannique. Il ne s’agit pas là d’étudiants en sciences politiques, en économie ou en relations internationales, ni de jeunes impliqués politiquement – il s’agit de la jeunesse en général, écoutée sans que l’accent soit mis sur son éducation ou son engagement, celle qui a tout autant le droit à la parole et tout autant à dire, sinon plus. Le parti pris est donc de décentrer le point de vue pour essayer de comprendre les sentiments de cette jeunesse britannique européenne qui pourrait bien avoir l’issue du vote entre ses mains.

Ça commence au King’s Head, un pub typique du Surrey où l’on se retrouve entre amis, autour d’un verre, après une journée de travail. Il ne faut pas quinze minutes pour que la conversation se dirige presque naturellement vers le référendum du 23 juin : « Hey, in or out ? ». C’est vrai, il y en a bien certains qui veulent rester dans l’UE autour de la table, mais aucun ne fait preuve de passion ou d’enthousiasme débordant quand il s’agit de le dire : réactions en demi-teintes, absence de réels arguments… Personne n’évoque l’éventail des possibilités culturelles et professionnelles que leur offre l’UE. Personne n’évoque un sentiment d’appartenance à des valeurs communes ou à un projet européen commun. En bref, c’est l’habitude résignée d’être dans l’UE qui parle, l’idée que c’est là un moindre mal et surtout le confort de savoir ce que l’on a, comparé à la peur de s’engager dans l’inconnu.

Si ceux qui se prononcent en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’Union manquent quelque peu de vigueur et de conviction, les partisans du «out» sont beaucoup plus vindicatifs.

Comparé à la France, le taux de chômage au Royaume-Uni, et notamment ici celui des jeunes, en ferait pâlir plus d’un (3). Qui pourrait dire alors que le marché du travail apparaît très tendu pour certains d’entre eux, qui ont pourtant un emploi ? Pour les jeunes entrepreneurs, dans ce cas des artisans, l’UE n’est que synonyme d’embûches. Plombiers et électriciens, entre autres, pointent du doigt les travailleurs mobiles européens qui, selon eux, mettent en péril leurs emplois en offrant des tarifs plus attractifs, malgré des prestations de moindre qualité, favorisant une concurrence inégale et injuste légalement soutenue par l’Union européenne. Cependant, hors de toute considération sur la véracité de ce ressenti, rien ne dit qu’un Brexit signifierait la fin des travailleurs européens au Royaume-Uni, ou tout au moins la régulation de leur présence par permis de travail. Il n’est en effet pas exclu que les accords économiques entre Londres et Bruxelles soient maintenus (4), ce qui laisserait la situation de ces jeunes artisans inchangée, en tout cas pas pour le meilleur, comme ils pourraient l’espérer avec un Brexit. Le fond du problème se trouve au-delà de la simple question de ce qui se fera effectivement ou non si sortie de l’UE il y a.

Il y a quelque chose de presque «viscéral» (5) dans cette discussion, dans ce manque d’intérêt, voire ce dédain, pour l’Union européenne. Le mot qui revient dans la bouche de tous autour de la table, qu’ils soient «in» ou «out», c’est celui de «souveraineté nationale», concept brandi par ces jeunes comme une valeur cardinale de la citoyenneté britannique qu’ils considèrent aujourd’hui bafouée. C’est là le point-clé derrière chaque argument avancé au King’s Head et qui chagrine jusqu’aux moins pessimistes du groupe.

L’UE, c’est cette entité qui ampute la démocratie britannique et la capacité des citoyens d’agir sur ceux qui décident pour eux en les sanctionnant aux prochaines élections. L’UE, c’est cette entité qui restreint le rayonnement britannique en termes de commerce international en ne lui laissant aucune autonomie dans la conclusion de partenariats ou traités commerciaux, quand le Royaume-Uni pourrait jouir pleinement du Commonwealth. L’UE, c’est cette hydre de plus en plus complexe chaque année, qui échappe au contrôle du citoyen «normal» qui subit de plein fouet les conséquences de décisions en décalage par rapport à la réalité. Ces mots dans la bouche de jeunes citoyens européens «normaux» sont exactement les mots utilisés par les partisans du «Leave», que l’on retrouve en couverture et quatrième de couverture du journal Metro (6), disponible dans toutes les gares et stations de métro deux jours avant le référendum. La jeunesse a perdu son optimisme face à l’UE, et même l’idée d’Erasmus ne fait pas pencher la balance. Pour John et les autres, au final, rien ne changera vraiment quelle que soit l’issue du vote. En tout cas rien de négatif ne leur vient en tête. Faut-il alors lire, même chez les «remainers», un lien inconscient entre effet négatif et Union européenne ?

C’est une crise de la parole européenne qui touche même ceux qui n’ont connu qu’elle. La faille se trouve dans l’incapacité à apporter des réponses satisfaisantes aux inquiétudes exprimées, et à penser que ce référendum n’est qu’une question d’avis tranchés. Bien sûr, on rétorquera, pour affirmer l’existence d’une véritable souveraineté nationale dans le processus décisionnel, que l’UE n’impose rien qui ne soit approuvé par les chefs d’État, de gouvernement, ou les ministres des domaines concernés. Mais la logique ne suffit plus, et camper sur une vision manichéenne de l’Union ne fait qu’échauffer les esprits et donner plus de crédit aux partisans du « out ». Ce groupe de jeunes n’est en fait que l’écho d’un groupe plus important, qui dépasse l’échelle nationale. C’est le groupe de ceux qui perdent leurs illusions politiques et ne trouvent personne pour leur apporter des raisons de croire à nouveau au projet européen.

Échanger avec des jeunes qui ne font qu’opposer un raisonnement et des points pratiques dans le fonctionnement des institutions européennes souligne le besoin de recréer du lien dans l’UE. S’il est impossible de prédire ce qui ressortira des urnes, il est néanmoins certains que l’Union européenne, députés européens en première ligne, doit se rapprocher des citoyens et renforcer leur souveraineté, nationale et même supranationale. Le 23 juin va inévitablement changer quelque chose dans l’atmosphère bruxelloise. C’est peut-être là l’occasion rêvée de repenser le projet européen, en replaçant les citoyens en son centre et en faisant confiance à sa jeunesse.

Par Amelie Ancelle

__________

(1) Rester (dans l’UE)

(2) Pour voir une simulation de l’impact de l’âge des votants en fonction d’autres critères, voir le site YouGov [en ligne : https://yougov.co.uk/turnout-o-meter/?turnout=64&overallremaing=0&agefactor=1.4&classfactor=0.8, consulté le 20/06/2016]

(3) Voir le site du gouvernement britannique [en ligne, http://www.ons.gov.uk/employmentandlabourmarket/peopleinwork/employmentandemployeetypes/bulletins/ukl abourmarket/june2016#young-people-in-the-labour-market, consulté le 20/06/2016] ainsi que « Le chômage des jeunes baisse en Europe… Mais flambe en France, Capital, 8/01/2016 [en ligne : http://www.capital.fr/carriere-management/

(4) WHEELER Brian, HUNT Alex, “The UK’s EU Referendum: All You Need to Know”, BBC News, 14/06/2016 [en ligne: http://www.bbc.com/news/uk-politics-32810887, consulté le 19/06/2016]

(5) Ce terme est volontairement entre guillemets, après que Dan, lors de la discussion, l’a utilisé pour décrire son incapacité à expliquer concrètement pourquoi il voulait voter la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

(6)Journal gratuit, plus conséquent que celui distribué en France et qui possède un large lectorat.

L’Union européenne déterminée à lutter pour la liberté de la presse qui a atteint son plus bas niveau en 12 ans. Prochain rendez-vous : novembre 2016.

La Haute Représentante, Federica Mogherini, a exprimé à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, sa détermination à promouvoir et défendre les libertés d’opinion et d’expression partout dans le monde. Ces droits « doivent pouvoir être exercés par chacune sur la base des principes d’égalité de non discrimination et d’universalité, par quelque média que ce soit et sans considération de frontières (…) C’est un élément essentiel de la gouvernance démocratique et du développement » . Continue reading « L’Union européenne déterminée à lutter pour la liberté de la presse qui a atteint son plus bas niveau en 12 ans. Prochain rendez-vous : novembre 2016. »

Les mauvaises conditions de détention peuvent justifier le refus d’exécution d’un mandat d’arrêt européen

Si le débat était sur la place européenne depuis quelques années, la Cour de Justice de l’Union européenne n’avait pas encore eu l’occasion de se prononcer sur le sujet. Pour comprendre le contexte, il est important de préciser que le mandat d’arrêt européen est un système qui a été instauré par la Décision-cadre 2002/584/JAI du Conseil du 13 juin 2002, qui a alors été transposée au sein des ordres juridiques des 28 États membres, créant alors 28 mandats d’arrêts européens plus ou moins similaires. Cette procédure européenne d’extradition se déroule de façon assez automatique auprès de l’État d’exécution, lorsqu’un État demande la remise d’une personne recherchée. S’il existe tout de même certains motifs de refus d’exécution pour l’État d’exécution, la Décision-cadre ne prévoit pas directement que les droits fondamentaux peuvent en faire partie. Certains États membres ont fait le choix explicite d’ajouter un tel motif de refus à l’exécution d’un mandat d’arrêt européen comme le Royaume Uni ou la Belgique. La situation ne semblait pas poser de problème jusqu’à ce qu’entre dans le débat le problème des conditions de détention dans les prisons européennes. La question était alors la suivante : est-ce qu’un État peut refuser la remise d’une personne faisant l’objet d’un mandat d’arrêt européen s’il considère que les conditions de détention du pays d’émission sont contraires à l’interdiction de la torture et des traitements inhumains ou dégradants telle que protégée par les articles 3 de la Convention européenne des droits de l’homme (ci-après « CEDH ») et 4 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union (ci-après « Charte ») ?

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L’UE suspend les sanctions contre l’Iran: des avantages pour qui?

En Août 2009, Mahmoud Ahmadinejad, membre du Parti conservateur, a commencé son deuxième mandat en tant que président de la République islamique d’Iran. Son intention était de poursuivre son programme nucléaire débuté en 2002, dans lequel il avait voulu la création d’une usine secrète pour l’enrichissement de l’uranium appauvri par la méthode de centrifugation, ne respectant pas les conditions imposées par le traité sur le Traité de non-prolifération, et en évitant de signer le Protocole additionnel à celui-ci. En 2007, le Conseil de sécurité de l’ONU avait préparé un projet de sanctions, considérées comme des mesures symboliques plus qu’économiques, afin de ne pas aggraver la situation politique et stratégique à l’échelle internationale. Cet article va analyser la trajectoire suivie par l’Union européenne pendant la période de la présidence Ahmadinejad; ensuite sera présentée la période de l’assouplissement des certaines sanctions jusqu’au 16 Janvier 2016 ; et enfin les consequences économiques de la suspension.

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Les attentats de Paris, un an après : une européisation de l’humanité !

Un an après les attentats de Paris ne perdons pas de vue qu’ils ont également (et principalement) été perpétrés contre les valeurs de l’Europe et dans la lutte contre le terrorisme, ces valeurs ne peuvent être mises en péril. La présence de quasiment tous le Etats de la planète au défilé dans les jours suivants a été un extraordinaire moment d’humanité, une sorte d’européisation de l’humanité : chacun refusant de haïr les auteurs et les inspirateurs, refusant de leur abandonner cette victoire. Souvent les Etats ont été représentés au niveau le plus élevé : chefs d’Etat, ou de gouvernements Un an après revoir ces images semblent à peine croyable. Continue reading « Les attentats de Paris, un an après : une européisation de l’humanité ! »

La radicalisation des jeunes européens est une question de santé publique

Sans travail, marginalisés ou déprimés, les jeunes européens d’aujourd’hui risquent de finir dans le collimateur de recruteurs de Daesh. Quelles réponses de la part de l’Union ? Quel est l’avis des experts ?

« Les Etats membres se sont engagés à intensifier leurs efforts pour favoriser la participation et l’inclusion de tous les jeunes dans la société. […] Ces efforts complètent le travail entrepris par le réseau européen de sensibilisation à la radicalisation (RSR), […] qui insiste sur le rôle préventif de l’éducation à la pensée critique et de l’enseignements des valeurs démocratiques dans la lutte contre la radicalisation ».

Le passage reporté ci-dessus est tiré du projet de rapport conjoint de 2015 du Conseil et de la Commission sur la mise en oeuvre du cadre renouvelé pour la coopération européenne dans le domaine de la jeunesse (2010-2018). Lors de cette réunion du Conseil « jeunesse », les ministres compétents ont invité les gouvernements de la zone euro à implémenter des politiques aptes à favoriser l’inclusion des jeunes dans la société civile et le marché du travail. La crise économique débutée en 2007 a fort frappé les jeunes travailleurs et ses répercussions prolongées ont impacté les attitudes de tous ceux qui ont, d’une manière ou d’un autre, terminé leurs parcours de formation. Nonobstant le travail mené jusqu’ici par l’Union et les Etats membres pour sortir de l’impasse, la situation des jeunes européens entre 15 et 29 ans demeure toujours précaire.

 

Ainsi, les données récoltées pour la réunion du 23 novembre affichent une « génération de jeunes mieux formée que toutes les générations précédentes » confrontée à une augmentation du chômage et du taux de pauvreté. Les jeunes s’engagent plus souvent dans de différentes formes de participation à la vie politique en primant l’usage des médias sociaux. Cependant, ils ont tendance à moins voter que leurs ainées. Le nombre de jeunes NEET (Not in Education, Employment, or Training) atteint désormais le chiffre inquiétant de presque 14 millions et le chômage chez les jeunes d’origine immigrée nés dans le pays est normalement de 50 % supérieur à la moyenne européenne. Logiquement les jeunes les plus défavorisés sont ceux qui ont reçu moins d’éducation et qui, par conséquent, vont voter moins et participent rarement aux activités de volontariat ou à des activités culturelles.

De nos jours l’emploi est un volet d’inclusion social crucial mais il n’est pourtant pas le seul. La formation et l’éducation s’avèrent être fondamentales pour que les jeunes s’investissent davantage dans la vie sociétale et obtiennent les compétences nécessaires à améliorer leur condition. A ce propos, les ministres du conseil jeunesse ont décidé de promouvoir à grande échelle certains programmes de soutien économique, tels que Erasmus + et le Fond Social Européen, pour faciliter l’épanouissement des jeunes et pour leur intégration dans la vie active contre la menace de la radicalisation conduisant au terrorisme.

 

D’après les informations de la Commission, les jeunes sont toujours désireux de participer à la vie citoyenne pourvu que les moyens évoluent en phase avec leurs propensions. Erasmus +, dont le budget est augmenté de 80 % par rapport au programme précèdent, permettrait à quelques quatre millions d’européens de jouir d’un soutien financier pour la mobilité. Plus de jeunes peuvent maintenant entamer un projet individualisé dans le but d’étudier, de se former, d’acquérir une expérience professionnelle ou de travailler comme bénévole à l’étranger. Néanmoins, comme le met en exergue le rapport aussi, cet effort à lui seul ne serait pas suffire et les Etats membres sont appelés à mettre en place un ensemble de dispositifs adéquats visant à intégrer notamment ceux qui disposent de moins de ressources et d’une faible représentation dans les débats politiques. Outre un dialogue poussé avec les jeunes en question, les institutions devraient considérer le problème comme une instance multidimensionnelle, un problème à appréhender par toutes ses facettes.

La potentielle radicalisation des jeunes est un enjeu récent, mais non pas nouveau, auquel l’Union se trouve à faire face. Le 9 septembre 2011, la Commission Européenne a lancé le Réseau de sensibilisation à la radicalisation (RSR) pour mettre à profit les connaissances des praticiens, des chercheurs et des ONG. Un tel dispositif facilite la tâche de l’échange des bonnes pratiques et offre une assistance aux acteurs locaux impliqués dans la prévention de la radicalisation conduisant à l’extrémisme violent. En effet, le RSR a revêtu un rôle de premier plan dans la stratégie européenne révisée en matière de prévention de la radicalisation et le recrutement, une initiative fortement sollicitée pour gérer la problématique complexe des foreign fighters. Les recommandations du Réseau ont notamment porté sur la sensibilisation des administrations locales et l’appui aux familles des jeunes ciblés, ainsi que sur la réintégration des anciens combattants.

 

Ces constats semblent trouver un écho dans la Déclaration sur la promotion de l’éducation à la citoyenneté et aux valeurs communes de liberté, de tolérance et de non-discrimination des ministres européens de l’éducation, réunis à Paris le 17 mars 2015. Soucieux de garantir le respect de la liberté d’expression au lendemain des attentats de Paris et Copenhague, de protéger le pluralisme et de sauvegarder l’esprit de tolérance européen, ils se sont engagés à intensifier leurs actions dans le domaine de l’éducation en vue d’encourager, entre autres, la coopération entre les acteurs, d’un côté, et les familles et les structures associatives, de l’autre. Les jeunes marginalisés sont plus susceptibles de devenir victimes de la rhétorique guerrière et sanguinaire des recruteurs puisqu’ils sont à la recherche d’un sens à donner à leur exclusion de la société.

La marginalisation, ainsi que l’inégalité, l’exclusion sociale et la difficulté d’accès à un enseignement de qualité, figure parmi les facteurs qui contribuent le plus à la radicalisation et au recrutement des jeunes selon la Commission de la Culture et de l’éducation du Parlement européen. Les suggestions de cette commission, formulées vis-à-vis du projet de rapport sur la prévention de la radicalisation et du recrutement de citoyens terroristes par des organisations terroristes, mieux connu comme Rapport Dati, sont assez critiques. L’Europe resterait en effet incapable de réagir aux défis posé par la radicalisation car elle ne s’attaque pas efficacement aux causes culturelles, économiques, sociales et politiques qui font de certains milieux un terrain idéal pour la propagande djihadiste. Encore une fois l’accent est mis sur la vulnérabilité des sujets isolés et des jeunes sans emploi exposés aux risques du prosélytisme salafiste. La réintégration des jeunes radicalisé est une priorité tandis que internet est pointé du doigt comme un moyen puissant de diffusion du matériel de propagande .

 

Or certaines études montrent que internet ne représente pas forcément le moyen de contact privilégié avec la doctrine de Daech. Le rapport de RAND Corporation Radicalisation in the digital area, axé sur l’emploi d’internet dans plusieurs cas de terrorisme et extrémisme, présente des résultats intéressants d’un point de vue sociologique. Certes, l’outil internet crée des opportunités pour les gens de devenir radicalisés et amplifie l’« écho » des croyances véhiculées par les extrémistes, mais les données ne confirment pas les hypothèses sur sa capacité d’intensifier le processus de radicalisation ou d’induire les gens à se radicaliser sans aucun contact direct avec les recruteurs.

 

Ces conclusions semblent donc redéfinir la place de la toile dans le mécanisme de radicalisation où les contacts directs s’avèrent être l’élément déclencheur. En d’autres mots, pour que le sujet commence son parcours d’initiation aux préceptes du djihad une rencontre apparaît nécessaire. D’ailleurs, comme l’explique le politologue Benjamin Ducol « malgré le raffinement extrêmement abouti dans la maîtrise des réseaux sociaux et des contenus médias de la part de l’Etat islamique (EI), il est peu réaliste de croire qu’un individu lambda peut être embrigadé par le biais d’Internet ».

Si les chercheurs recommandent à maintes reprises de donner aux familles et aux institutions chargées de l’éducation les moyens d’aider les sujets à risque, c’est parce que le phénomène de la radicalisation se superpose à d’autres problèmes structurels. Plusieurs psychiatres commencent à traiter la radicalisation conduisant à l’extrémisme violent comme un problème de santé publique pour lequel un travail de prévention et détection des victimes possibles est requis ; souvent la parution de comportements déviants précède la radicalisation. La religion joue un rôle clé, tout de même une attention excessive et obstinée pourrait s’avérer contreproductive. Dans de nombreux de pays les citoyens musulmans sont la cible d’attentats et ailleurs ils s’investissent considérablement dans la lutte contre une violence susceptible d’entraîner dans la spirale leurs enfants aussi.

 

« Certains adolescents perçoivent le terrorisme comme un remède aux problèmes qu’il gardent secrets », a confié au Monde le psychiatre Kamaldeep Bhui suite à l’analyse d’une population vivant dans l’est de Londres et à Bradford. Il a ainsi exhorté les dirigeants politiques à s’occuper de tous les jeunes vulnérables et à fournir les moyens aux services de prévention. Serge Hefez, psychiatre et collaborateur du Centre de prévention contre les dérives sectaires, a, quant à lui, remarqué une similitude substantielle entre ses jeunes patients et les adolescents déprimés ayant entrepris un parcours de radicalisation. Il se peut que les apprentis djihadistes rêvent du martyre comme un moyen de donner un sens à leur existence à cause des incitations de recruteurs professionnels. Cet aspect complexifie le cadre car la radicalisation peut s’apparenter à une revendication identitaire séduisante pour les jeunes adolescents à la recherche d’une réponse à caractère ontologique/eschatologique à leurs questions existentielles.

 

Nous assistons peut-être à la fameuse « islamisation de la radicalité » dont parle le politologue Olivier Roy. « Rejoindre Daech c’est la certitude de terroriser », la seule chose qui intéresse les extrémistes de familles musulmanes intégrées étant une espèce de violence narcissique. Un constat appuyé par plusieurs spécialistes en la matière mais peut-être quelque peu prématuré pour comprendre un phénomène à l’origine toute récente. Quoi qu’il en soit, les jeunes d’aujourd’hui ont parfois du mal à trouver leur place dans l’univers et les dérives sectaires ont l’avantage de fournir une réponse facile à toute question. Les institutions européennes semblent avoir compris la portée de la « guerre » en place mais les « batailles » ont lieu au niveau local et la victoire passe nécessairement par un fort soutien stratégique.

 

 

Samuele Masucci 

 

 

Pour en savoir Plus :

 

     -. Projet de rapport conjoint 2015 du Conseil et de la Commission sur la mise en oeuvre du Cadre renouvelé pour la coopération européenne dans le domaine de la jeunesse (2010-2018) (FR) http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:52015DC0429&from=EN

(EN) http://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/PDF/?uri=CELEX:52015DC0429&from=EN

     -. Page internet de la Commission Européenne sur les possibilités offertes dans le cadre de Erasmus + http://ec.europa.eu/youth/programme/index_fr.htm

     -. Déclaration sur la promotion de l’éducation à la citoyenneté et aux valeurs communes de liberté, de tolérance et de non-discrimination  http://cache.media.education.gouv.fr/file/03_-_mars/66/9/2015_mobilisation_declaration_FR_401669.pdf

     -. Avis de la Commission de la culture et de l’éducation sur le projet de rapport sur la prévention de la radicalisation et du recrutement de citoyens terroristes par des organisations terroristes 

(FR) http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=COMPARL&reference=PE-557.258&format=PDF&language=FR&secondRef=02(ENhttp://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-%2f%2fEP%2f%2fNONSGML%2bCOMPARL%2bPE-557.258%2b02%2bDOC%2bPDF%2bV0%2f%2fEN

     -. RAND Corporation Report : Radicalisation in the digital aera 

(EN) tp://www.rand.org/content/dam/rand/pubs/research_reports/RR400/RR453/RAND_RR453.pdf

     -. Sur l’Islamisation de la radicalité http://www.franceculture.fr/emission-le-journal-des-idees-l-islamisation-de-la-radicalite-2015-11-25

     -. Article de Euronews sur les jeunes et la radicalisation http://fr.euronews.com/2015/10/19/prevenir-la-radicalisation-des-jeunes-europeens/

     -. Article du Monde sur internet et les trajectoires de radicalisation http://www.lemonde.fr/pixels/article/2015/12/01/internet-est-loin-d-avoir-le-role-qu-on-lui-attribue-dans-les-trajectoires-de-radicalisation-violente_4821634_4408996.html

Editorial du N° 94 de Nea Say: Bonne nouvelle ! pas que des Roms dans l’UE…

Exceptionnellement, c’est un lecteur, une lectrice pour être exacte, qui fait aujourd’hui l’éditorial. C’est une invitation à chacun d’en faire autant. Les contributions sont les bienvenues.

Cette lectrice écrit loin de Bruxelles et de Paris : elle écrit depuis l’ITALIE. C’est un billet d’humeur qu’elle nous envoie et c’est à nous d’en tirer le meilleur parti. Au fond, ne nous  dit-elle pas que l’affaire des Rom n’existerait pas si n’existaient pas tous ces problèmes qui nous assaillent ? à chacun sa vérité et comme il vous plaira (« as you like it »)  auraient dit à la fois Pirandello et Shakespeare. Elle pointe du doigt le péché de technocratie, toujours à l’œuvre : gérer une situation plutôt que la comprendre.

 

« Bonne nouvelle : pas que des Roms dans l’ UE… (3 octobre 2010). Continue reading « Editorial du N° 94 de Nea Say: Bonne nouvelle ! pas que des Roms dans l’UE… »

Editorial du numéro 89 de Nea Say

La fin de l’Union européenne ? question périmée (1) bien évidement. L’Europe à la recherche de l’esprit visionnaire de ses origines.

Après un sursaut incontestable au cours de ces dernières semaines, il lui faut encore faire un effort en efficacité et crédibilité. La fin de l’Union européenne une question simplement périmée, mais la question a son utilité car la construction de l’Europe  n’est pas une fatalité heureuse acquise pour toujours. Ici dans un éditorial d’il y a plusieurs mois la question avait été posée et si l’Europe n’existait pas ! L’évoquer est un aiguillon intellectuel qui a son mérite, momentanément , mais pas plus. Ce serait  une perversion morbide que de caresser complaisamment cette hypothèse. A-t-on vu d’autres ensembles d’Etats souverains parvenir à de  tels résultats et  si rapidement, adopter en un week end un mécanisme de garantie face aux risques des dettes souveraines excessives? Pour autant cela ne suffit pas, la solidarité intra européenne a été soumise à rude épreuve,  mais les périls les plus sérieux ont été éloignés, les peurs surpassées. Continue reading « Editorial du numéro 89 de Nea Say »

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