D’abord le soulagement : « Ouf ! » a titré laconiquement le journal allemand die Zeit.

Puis le renouveau, et c’est ainsi que le New York Times a accueilli les résultats de l’élection présidentielle française concluant son article par un éclatant « Vive la  France! Vive l’Europe ! ». Les élections françaises donnent incontestablement un coup d’arrêt à la dérive populiste, extrémiste et pour tout dire, populiste. La fascination pour les extrêmes s’estompe. Par ses outrances et ses incompétences, Marine le Pen a transformé une élection présidentielle en un référendum pour ou contre l’Europe. Un référendum qu’aucun démocrate européen n’aurait osé engager. Eu-logos avec beaucoup d’autres s’est interrogé pour savoir s’il s’agissait d’un bon outil démocratique et a organisé sur ce thème un débat, notamment le 28 février une conférence à l’Université de Bruxelles. De façon récurrente, les forces populistes accablaient l’Europe : elle n’osait pas donner la parole au peuple. En ce qui concerne la France, c’est fait et avec un succès incontestable (66,1 % de oui). Qu’on ne vienne pas dire que le nombre d’abstentionnistes et de bulletins blancs ou nuls relativise fortement ce succès : Emmanuel Macron a été bien élu , il est bien et pleinement mandaté pour engager sa politique de relance européenne, il a recueilli plus de voix que n’en ont eu ses deux prédécesseurs : Nicolas Sarkozy et François Hollande. ll est le deuxième président le mieux élu, derrière Jacques Chirac qui affrontait Jean-Marie le Pen en 2002 et devant de Gaulle qui affrontait Mitterrand en 1965.

L’engagement du nouveau président est claire : « je ne serai pas un président assis. Je suis un président de la République qui veut que l’Europe d’aujourd’hui et de demain puisse se remettre en marche, qu’elle soit digne des promesses d’ hier pour porter les promesses de demain ». Cet élan nous crée un devoir d’action collective, la fragmentation de nos sociétés est toujours à l’œuvre, un nouveau processus participatif est à inventer en créant partout ce que certains commencent à nommer « des conventions civiques ». Il est urgent de donner un nouveau souffle à nos démocraties insuffisamment participatives et délibératives. Cet article étant écrit au lendemain du 9 mai, commençons par rénover profondément la célébration du 9 mai, une célébration rituelle bien décevante et faisons de la célébration de la fin de la dernière guerre mondiale (8 mai) et la déclaration Schuman (9 mai) une seule et même fête. Ces deux dates sont proches dans le calendrier mais aussi dans leur causalité respective.

Au total une bonne nouvelle, sauf pour le Royaume-Uni inquiet pour le Brexit avec une presse, à l’exception du Financial Times, peu élogieuse et la Russie franchement déçue si l’on en croit les propos acerbes de la Komsomolskaia : « ils vont subir l’enfer de la mondialisation ( …) ils ne méritent pas cette démocratie que des millions de soldats soviétiques ont payée de leur vie ».

D’autres réactions sont nettement plus enthousiastes dans un contexte où l’élection présidentielle est apparue comme un évènement mondial : c’était un référendum sur l’Europe et la mondialisation, a-t-il été écrit à plusieurs reprises, et l’élection s’inscrivit dans une grande bataille idéologique sur la mondialisation et c’est pourquoi Macron est devenu si important pour le monde. Le commentateur du Financial Times, Gideon Rachman, a par avance répondu aux questions « s’il réussit, les forces du nationalisme et de l’extrémisme politique souffriront une défaite aux quatre coins du monde; s’il échoue, le populisme, le nationalisme, le protectionnisme resurgiront rapidement » (cité par Alain Frachon dans Le Monde). Un peu trop nombreux furent ceux qui dans la presse anglo-saxone notamment imaginaient une suite logique au Brexit : la fin de l’Europe ; et Donald Trump n’a pas caché son pronostic et sa préférence : la fin de l’Europe. Poutine est l’autre perdant du 7 mai au point qu’un gros soupçon pèse sur les médias et pirates russes. Échappent à cette tendance forte, la Chine, dont Alain Frachon nous rapporte dans le Monde l’éditorial d’un des organes du parti communiste chinois, le Global Times, où l’on a célébré la victoire de Emmanuel Macron : « Pour beaucoup, la victoire de M. Macron sera accueillie comme la manifestation que la France peut encore être une source d’inspiration pour le monde entier ; bien plus tard, quand on regardera ces évènements avec du recul, on pourrait dire que la France a fait, ce jour là, un choix crucial pour la civilisation ».

Autriche, Pays-Bas, France, déception chez les soutiens internationaux de Mme le Pen. Doit-on conclure à un reflux de la vague populiste née des fractures sociales et culturelles de la mondialisation ? Il n’en est rien : les partis qui l’incarnent sont devenus trop souvent en Europe la deuxième ou la troisième force politique du pays. Il faut en être conscient, il y a encore et toujours une envie d’extrémisme, de repli sur soi, de xénophobie, de haine parfois à l’égard des minorités. Les inégalités s’exacerbent. L’impensable a été évité, le soulagement l’a emporté, l’extrémisme a montré ses fragilités. Des changements assez puissants sont à l’œuvre, de vraies perspectives s’offrent aux citoyens européens, mais une envie contraire survit, la fin de l’alerte n’a pas été sonnée. La guerre sociale couve dans de nombreux pays. Les tenants du discours « rien n’a changé » sont toujours nombreux et ardents. Des radicalités sont prêtes à s’exprimer si les résultats voulus tardent à venir.

Mais après d’ardents débats au cours de la campagne présidentielle autour des perdants et des gagnants de la mondialisation, il n’est plus question de faire comme si la mondialisation n’avait pas d’effets négatifs : la nécessité d’une Europe qui protège se renforce chaque jour. C’est le moment choisi par la Commission européenne pour faire connaître son document de réflexion sur la maîtrise de la mondialisation. La Commission se fixe comme objectif d’évaluer le rôle que l’Union européenne doit jouer pour en tirer tout le profit et mieux contrôler cette mondialisation. Il s’agit de prendre en compte les craintes de ceux pour qui la mondialisation est synonyme de pertes d’emploi, d’injustice sociale, d’inégalités ou de normes moins ambitieuses en matière d’environnement, de santé ou d’intrusion du numérique dans la vie privée.

Après la victoire de l’Europe ,et pour l’Europe, de nombreux défis attendent Emmanuel Macron. L’enthousiasme est de mise pour l’instant, mais beaucoup restent sur leurs gardes, notamment la Commission européenne qui estime que la France dépense trop d’argent et trop mal. A quatre mois des élections outre-Rhin, il faut convaincre l’Allemagne que la France est prête, enfin, à assumer ses responsabilités et qu’elle va devoir bouger. Sur le projet de refondation de l’Europe, beaucoup de questions restent encore sans réponses.

HPL

Pour en savoir plus :

– Ouf ! die Zeit http://www.zeit.de/politik/ausland/2017-05/emmanuel-macron-praesidentschaftswahl-frankreich-sieg-kommentar

– Document de réflexion sur la maîtrise la mondialisation https://ec.europa.eu/commission/sites/beta-political/files/reflection-paper-globalisation_fr.pdf

– Livre blanc sur l’avenir de l’Europe https://ec.europa.eu/belgium/white-paper_fr