L ’enquête a été menée dans 23 pays et révèle qu’en Europe, l’immigration est rarement considérée par les sondés comme un apport pour le pays d’accueil. « Global view on immigration » : la vague d’août du Global @dvisor montre une crispation de l’opinion publique sur les questions d’immigration commune à tous les pays. Le symbole de cette crispation est représenté par le lien qui est fait entre immigration et terrorisme, une tendance qui grandit. Partout, la majorité des interviewés estime que l’immigration a augmenté ces cinq dernières années et a un impact plutôt négatif pour le pays. L’enquête qui vaut aussi beaucoup par les commentaires de Brice Teinturier montre bien l’écart entre la réalité et la perception qu’en a l’opinion publique, réduire cet égard est une nécessité urgente sinon un préalable à une politique européenne de l’Union en matière de migration, c’est dire quelle est l’ampleur de la tâche. L’étude montre également que les contextes nationaux jouent dans la perception de l’immigration, les héritages culturels et identitaires restent fondamentaux. Une double difficulté donc. De cette étude il ressort également que la France présente une situation singulière, a-part !

Un peu plus de la moitié des 17 600 personnes interrogées pense qu’il y a trop d’immigrés dans son pays. La récente annonce du Ministre de l’Intérieur de 17 500 reconduites à la frontière depuis janvier, pour un objectif « historique » de 30 000 pour la fin 2011, sonne comme une tentative de réponse à une inquiétude devenue majoritaire dans la société française, sur la question de l’immigration : 79% des Français estiment que la proportion d’immigrés dans la population a augmenté ces cinq dernières années, 54% d’entre eux pensent que l’immigration a un impact négatif pour le pays et 52% jugent « qu’il y a trop d’immigrés ». Le niveau d’inquiétude relevé en France est dans la moyenne des 23 pays testés, moyenne qui masque toutefois des situations très contrastées. L’opinion publique est ainsi nettement plus radicale en Russie, en Belgique et en Grande-Bretagne, où plus de 70% des personnes interrogées pensent qu’il y a trop d’immigrés, quand à l’inverse, moins de 30% de la population est de cet avis en Pologne, en Corée du Sud ou au Japon. L’image de l’immigration est en fait étroitement corrélée aux difficultés économiques du pays. Les trois-quarts des Russes jugent ainsi que l’immigration a rendu la recherche d’emploi plus difficile, 76% des Britanniques, 70% des Espagnols ou 68% des Belges estiment que l’immigration provoque un engorgement des services publiques (santé, transports, éducation), soit autant de pays où la part de ceux qui pensent qu’il y a trop d’immigrés est importante. En France les avis sont un peu plus partagés, avec 41% des sondés qui déclarent que l’immigration aggrave les problèmes d’emploi et 56% qui relient immigration et problèmes des services publics. Plus globalement, l’idée que l’immigration est une bonne chose pour l’économie n’est majoritaire dans aucun pays. On s’en approche tout de même au Brésil (47%) ou au Canada (43%). Près de la moitié des Brésiliens (49%) et des Canadiens (48%) considèrent d’ailleurs aussi que « les immigrés contribuent à faire du pays un endroit plus intéressant à vivre ». Ils y gagnent pour cette enquête la palme des pays les plus accueillants.

Comment l’immigration et la crise des réfugiés sont-elles perçues dans le monde ? Négativement, selon un sondage Ipsos réalisé dans 22 pays.

Alors que les populations ont le sentiment que l’immigration augmente (78%), seules 20% des personnes interrogées estiment que son impact est positif. Et si moins de la moitié (38%) souhaite fermer les frontières aux migrants, c’est sur ces derniers que se concentrent les angoisses. En moyenne, 61% des sondés pensent qu’il y a dans leur pays « des terroristes qui prétendent être réfugiés » (67% en France).

« La thématique de l’immigration prend de l’ampleur au niveau mondial, accentuée ces deux dernières années par la crise des migrants et les attentats », souligne Brice Teinturier, directeur général délégué France d’Ipsos. L’institut, qui traite du sujet à travers le monde depuis 2011, a mené cette dernière enquête entre le 24 juin et le 8 juillet 2016, avant les attentats de Nice et de Saint-Étienne-du- Rouvray.Dans cette étude mondiale, la France se singularise à bien des égards.

D’abord sur le sentiment que l’immigration augmente. L’Hexagone se situe au-dessus de la moyenne (+ 9 points, à 87%). « C’est le pays où l’on observe le plus de décalage entre la perception et la réalité sur la question de l’immigration. Ce n’est pas le cas par exemple pour le chômage, où le décalage entre perception et réalité peut être plus fort dans d’autres pays », explique Brice Teinturier, qui y voit le témoignage d’une « extrême sensibilité sur le sujet ».

Rares sont les pays qui pensent aujourd’hui que l’immigration a un impact positif.

Mais là encore, c’est encore plus vrai pour les Français : 11% le pensent, contre 18% pour les Allemands, 20% pour les Espagnols. Pourquoi ce sentiment exacerbé ? Plus que la moyenne, les Français s’inquiètent de la pression exercée sur les services publics. « L’idée que les immigrés viennent s’installer pour profiter de la Sécurité sociale est partagée par une partie importante de la population, a fortiori quand elle est relayée par des responsables politiques de premier plan », observe Brice Teinturier. Cette inquiétude prend d’ailleurs le pas sur la question de l’emploi. « Le lien immigration-chômage était un argument historique du Front national, rappelle-t-il. Au bout de quarante ans de chômage de masse, les Français ont intégré d’autres facteurs explicatifs que l’immigration, comme, par exemple, l’enjeu de la compétitivité ou la concurrence de pays à faibles coûts de main-d’œuvre. »

Si les contextes nationaux jouent dans la perception de l’immigration, les héritages culturels et identitaires restent aussi prégnants. Ainsi l’« impact culturel» de l’immigration est vu plus positivement aux États-Unis (42%) et en Angleterre (45%) qu’en France (17%). « En France, la mondialisation est ressentie comme un accélérateur du déclin du pays, une menace et une fragilisation de l’identité nationale », précise Brice Teinturier. Reste que dans le contexte actuel, les pays européens ont globalement tendance à être moins confiants sur l’intégration des réfugiés.

 

Pour en savoir plus : sources principales des informations

     -. IPSOS @Visor : Global Views on immigration (august 2016) http://www.ipsos.fr/sites/default/files/attachments/globaladvisor_immigration.pdf

       -. Commentaires du journal le Figaro http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2016/08/22/sondage-ipsos-seuls-11-des-francais-pensent-que-l-immigratio-5838774.html