« Face aux atrocités commises dans certaines parties du monde, nous devons prendre part à la solidarité mondiale », a déclaré Louis Michel (ADLE, BE) le 7 décembre à l’ouverture de la 30e session de l’Assemblée parlementaire paritaire (APP) ACP-UE, à Bruxelles. « L’Europe forteresse n’est pas une solution et est indigne des valeurs humanistes qu’elle défend », a-t-il martelé.

L’Europe doit « assumer son devoir d’humanité vis-à-vis des réfugiés qui fuient la guerre, la violence, la dictature« . Les « gourous de l’égoïsme qui flattent les peurs et tiennent des discours simplistes (…) déshonorent ce qu’est l’Europe depuis des décennies aux yeux du monde: un espace de tolérance, de prospérité et de rêve partagé« , a insisté le co-président de l’APP, Louis Michel.

« Il faudra bien que nous organisions aussi l’accueil des migrants économiques et climatiques » et  » il faudra également mieux organiser la migration circulaire », a-t-il rajouté.

« Cette question nous interpelle tous et rend plus impérieuse la nécessité d’apporter aux pays d’origine des perspectives locales autant que des solutions sur place aux conflits armés, comme à la pauvreté », a expliqué M. Michel

Pas de frontière pour le terrorisme. « Le terrorisme n’a pas de frontière et nécessite une gouvernance mondiale », a souligné Louis Michel. Selon lui, il s’agit d' »un phénomène planétaire, et son spectre hante le continent africain ». « Si on ne donne pas aux autorités africaines les moyens de mener une politique anti-terroriste efficace et durable, il est fort à craindre de voir se consolider non seulement un arc terroriste allant de la Mauritanie au Nigeria et se prolongeant jusqu’à la Corne de l’Afrique, mais aussi de voir se développer une zone de non droit pour les trafiquants du monde entier », a-t-il également mis en garde.

Mars di Bartolomeo, président de la Chambre des députés du Luxembourg qui assure la présidence du Conseil de l’UE, a pour sa part déclaré : « Les victimes loin de chez nous ne valent pas moins que nos victimes », avant de souligner que le rôle des politiques « ne peut se limiter à éteindre les feux ou les incendies » mais doit attaquer leurs causes profondes à la racine », y compris pour le terrorisme. M. di Bartolomeo a également appelé au respect « des promesses et engagements » pris à Addis-Abeba et à New York sur le financement des politiques de développement.

Ce sont des paroles fortes rarement entendues au cours des dernières semaines. Comme l’a rapporté Lisa Vallese ici même, c’est le contraire qui a dominé (« Après les attentats de Paris du 13 novembre : des voix s’élèvent contre l’immigration » https://europe-liberte-securite-justice.org/2015/12/11/lunion-europeenne-apres-les-attentats-de-paris-des-voix-europeennes-selevent-contre-limmigration-45/). Ces attentats ont été l’occasion pour susciter des réaction qui toutes n’ont pas été nobles et Noami Klein, alter mondialiste, a fustigé le gouvernement français, l’accusant de profiter de la peur et du chagrin des gens pour brider les libertés publiques : elle visait les interdictions des manifestations en faveur de la lutte contre le changement climatique.

L’Assemblée parlementaire ACP-UE outre la situation au Burundi s’est penchée plus particulièrement sur les migrations, les droits de l’homme et les réfugiés humanitaires, adoptant à cette occasion trois résolutions. Dont l’une sur les récents attentats terroristes de Paris. « Ces attaques innommables constituent des crimes contre l’humanité et portent atteinte aux valeurs humanistes et universelles défendues par les pays. (…) c’est tous ensemble qu’il faut le combattre et le condamner sans aucune équivoque. (…) Les Coprésidents considèrent que les atrocités commises, lâches et abjectes, visant à tuer et à blesser froidement et de manière aveugle des centaines de personnes, toutes races, religions, nationalités confondues, ainsi que les appels à la haine formulés sur les réseaux sociaux, constituent des crimes de guerre.

Les Coprésidents soulignent que, comme les récents évènements l’ont rappelé, l’intolérance et la radicalisation qui frappent tous les jours des centaines d’innocents et endeuillent des populations entières, n’ont pas de frontière et nécessitent une gouvernance mondiale. Ils exhortent en conséquence la communauté internationale à prendre les mesures qui s’imposent par le biais de politiques transversales, volontaristes, préventives et inclusives au niveau mondial et incluant tous les niveaux de pouvoir. »

Notons que les premiers projets financés par le nouveau fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour lutter contre les causes profondes de la migration irrégulière en Afrique seront présentés par la Commission en janvier 2016. C’est ce qu’a promis le commissaire Mimica lors de la réunion informelle des ministres en charge de la Coopération au développement des Etats membre de l’UE les 9 et 10 décembre. Ce Fonds devrait être doté de 1,8 milliards d’euros. La Commission pourrait présenter un premier paquet pour la région Sahel et Corne de l’Afrique à la mi-janvier en tentant de trouver l’équilibre entre la mise en place d’actions le plus rapidement possible et l’importance d’assurer la pertinence politique de projets a soutenu le commissaire Mimica. Cette pertinence sera évaluée à partir de trois piliers, à savoir renforcer la résilience des sociétés d’origine des migrants, créer en leur sein des opportunités économiques et sociales et renforcer la gestion des migrations.

Pour en savoir Plus :

     -. Discours de Louis Michel http://www.europarl.europa.eu/intcoop/acp/2015_acp2/pdf/opening_fr.pdf

     -. Discours de Mars di Bartolomeo http://www.europarl.europa.eu/intcoop/acp/2015_acp2/pdf/declaration-bartolome-fr.pdf