Le rapport d’initiative sur l’émancipation des jeunes filles par l’éducation dans l’Union européenne, porté par l’eurodéputée portugaise du groupe des Socialistes & Démocrates, Liliana Rodrigues, a été adopté en commission parlementaire des droits de la femme et de l’égalité des genres (FEMM) le 16 juin 2015 par 21 voix contre 9. Le document de travail souligne que si « des progrès notables ont été réalisés en matière d’égalité d’accès et de réussite », il n’en demeure pas moins que « les différences entre les garçons et les filles perdurent et continuent de peser sur les uns comme les autres, dans tous les Etats membres ». La rapporteure estime également que « l’éducation devrait être considérée comme un outil en soi de correction des stéréotypes de genre » via les manuels et les programmes scolaires notamment.

Ce rapport s’inscrit dans le cadre de la procédure d’initiative. Si l’initiative législative appartient à la Commission européenne, le traité de Lisbonne dans la lignée du traité de Maastricht, confère au Parlement européen un droit d’initiative législative lui permettant de demander à la Commission de soumettre une proposition de texte. Cela peut se faire par le biais d’un rapport d’initiative. Après accord de la Conférence des Présidents qui rassemble les Présidents des groupes politiques, le Président du Parlement européen et un député non-inscrit (c’est-à-dire un député qui n’est affilié à aucun groupe politique et qui peut y assister mais n’a pas le droit de vote), la commission parlementaire compétente rédige puis vote son rapport. Une fois adopté, le texte est présenté en session plénière du Parlement européen et soumis au vote de l’ensemble des députés. Le rapport sur l’émancipation des filles par l’éducation a ainsi été voté en commission FEMM le 16 juin et doit maintenant être examiné en plénière.

Le projet de rapport se fonde sur l’idée selon laquelle « l’éducation se doit de permettre l’égalité et l’émancipation des jeunes filles ». Pour ce faire, les autorités nationales mais aussi européennes doivent encourager l’égalité dans les établissements scolaires « par tous les moyens ». Plus spécifiquemet, le rôle de l’Union européenne consiste à lancer et financer des projets en faveur de l’égalité hommes-femmes, souligne le rapport. Toutes ces raisons conduisent donc la rapporteure à demander à la Commission européenne et aux Etats membres de l’Union « d’adopter des mesures visant à appliquer l’égalité entre les hommes et les femmes à tous les niveaux du système éducatif et de la formation des professeurs ». Liliana Rodrigues considère également la signature de la Convention d’Istanbul du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, par tous les Etats membres et l’Union européenne elle-même, comme l’un des grands objectifs de son rapport. Il s’agit donc de promouvoir une approche globale de l’éducation, une approche « holistique » selon la terminologie à la mode qui est reprise dans le rapport. Cette approche concerne donc la dimension de genre « sous tous ses aspects », qu’il s’agisse des programmes scolaires, des matières, de la formation des enseignants, de l’évaluation de l’impact des politiques éducatives sur ces questions, ou encore du sport et des loisirs. Le rapport suggère enfin « la création d’un Prix européen de l’égalité des genres pour les établissements d’enseignement ».

Le 15 juin, veille du vote du rapport Rodrigues, les députés membres de la commission FEMM ont débattu au sujet des amendements déposés par les uns et les autres. Madame Rodrigues s’est félicitée du fait que 20 amendements de compromis aient pu être dégagés suite aux travaux avec les rapporteurs fictifs des différents groupes politiques. La rapporteure a ensuite rappelé que l’objectif principal de son rapport consistait à garantir l’égalité et la capacité d’action de toutes les jeunes filles. La signature de la Convention d’Istanbul, autre objectif affiché par la députée, induit quant à elle toute une série d’actions : assurer la supervision de tous les programmes éducatifs, défendre l’égalité des genres pour la prise de décision dans le domaine de l’éducation et le domaine professionnel, et enfin, encourager l’éducation comme moyen d’atteindre une indépendance économique. Pour Liliana Rodrigues, l’éducation n’est pas une fin en soi mais un moyen d’acquérir une autonomie.

L’autonomie et l’indépendance ont d’ailleurs été les maîtres-mots des discussions, outre le fait qu’ils constituent le fil conducteur du rapport. Les députés ont également plaidé pour la disparition des stéréotypes. Ceci étant, quelques voix se sont élevées contre ce texte, à l’image du député David Coburn (ELDD, Royaume-Uni) qui a fait valoir que l’Union européenne n’avait pas à intervenir dans la vie des familles et des écoles. « Il ne faut pas dire aux gens comment vivre leur vie et éduquer leurs enfants, ce sont aux Etats membres de le faire » s’est-il exclamé. De manière moins volcanique, Marijana Petir (PPE, Croatie) a souligné que l’Union ne devait pas empiéter sur les compétences des Etats membres. Sans surprise, c’est un avis que partage l’association Europe for family, proche de la Manif pour tous, pour qui la commission FEMM a voté un texte « qui viole le principe fondamental de subsidiarité de l’Union européenne, la Déclaration universelle des droits de l’homme et le Pacte international des droits civils et politiques ». En réaction, Liliana Rodrigues a rappelé que l’objectif n’était pas d’interférer dans la vie des Etats membres et des citoyens puisque les députés européens travaillaient sur des recommandations. Pour preuve, l’amendement qui prévoyait la création de cours d’auto-défense féministes a été supprimé, a-t-elle expliqué.

Les députés européens qui seront réunis à Strasbourg en session plénière début septembre 2015 devrons se prononcer sur le rapport Rodrigues. En attendant, les questions de genre font toujours l’objet d’une bataille idéologique en Europe. Pour s’en rendre compte, la lecture du rapport Rodrigues suivie d’une visite de la page Facebook ou du fil Twitter de Europe for family suffit.

 

 

Charline Quillérou

 

Pour en savoir plus

 Projet de rapport sur l’émancipation des jeunes filles par l’éducation dans l’Union européenne – Rapporteure : Liliana Rodrigues

http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//NONSGML+COMPARL+PE-554.814+01+DOC+PDF+V0//FR&language=FR (FR)

http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//NONSGML+COMPARL+PE-554.814+01+DOC+PDF+V0//EN&language=EN (EN)

 Amendements au projet de rapport sur l’émancipation des jeunes filles par l’éducation dans l’Union européenne

http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//NONSGML+COMPARL+PE-557.238+01+DOC+PDF+V0//FR&language=FR (FR)

http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//NONSGML+COMPARL+PE-557.238+01+DOC+PDF+V0//EN&language=EN (EN)

      -. Document de travail – Développer par l’éducation la capacité d’action des filles dans l’Union européenne

http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//NONSGML+COMPARL+PE-549.363+01+DOC+PDF+V0//FR&language=FR (FR)

http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//NONSGML+COMPARL+PE-549.363+01+DOC+PDF+V0//EN&language=EN (EN)

 

     -. Vidéo des débats du 15 juin au sein de la commission FEMM

http://www.europarl.europa.eu/ep-live/fr/committees/video?event=20150615-1500-COMMITTEE-FEMM

      -. Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique

http://conventions.coe.int/Treaty/FR/Treaties/Html/210.htm (FR)

http://conventions.coe.int/Treaty/EN/Treaties/Html/210.htm (EN)