Ce rapport confidentiel, dont 400 pages devraient être déclassifiées, est le résultat d’une enquête de trois ans auprès de dizaines de personnes détenues par l’agence entre 2002 et 2006. Il accuse la CIA d’avoir dissimulé des détails choquants concernant ses méthodes d’interrogatoire musclées. Il est question par exemple de prisonniers trempés dans des bains d’eau glacée sur les «sites noirs» de l’agence en Afghanistan, pratique jamais mentionnée jusque-là. L’arsenal de méthodes approuvé par le ministère de la Justice comprenait la privation de sommeil, la mise à nu des détenus ou la simulation de noyade.

Tous ces détails sont bien connus des lecteurs de Nea Say et aussi du Parlement européen qui a multiplié les rapports et résolutions (rapports Fava, Flautre et Aguilar, restés sans suite comme le sera peut-être le rapport de Claude Moraes sur la surveillance de masse) et avait créé une commission spéciale d’enquête sur les prisons secrètes, les vols secrets et les enlèvements les célèbres « extraordinary renditions » etc … Ces pratiques ont été dénoncées par Barack Obama et interdites à son arrivée au pouvoir….comme la fermeture de Guantanamo.

Selon le Washington Post, la CIA aurait caché que des renseignements déterminants avaient été arrachés aux détenus avant qu’ils ne soient soumis à ces techniques brutales. «La CIA a décrit (son programme) comme permettant d’obtenir des informations uniques… pour sauver des milliers de vies. Était-ce vrai? La réponse est non», a confié tranchant au Washington Post un responsable briefé sur le rapport. Les éléments les plus précieux sur al-Qaida, «dont ceux qui ont mené à l’opération contre Ben Laden en 2011», n’ont pas été obtenus grâce aux pratiques de la CIA, écrit le Washington Post, affirmation explosive, en opposition avec ce qu’a toujours soutenu l’agence.

La centrale de renseignement s’est bien gardée de commenter les fuites du rapport, attendant d’avoir vu «la version finale». Mais l’affaire arrive mal pour une structure déjà démoralisée et divisée. Des sources internes dénoncent «des erreurs» grossières et s’étonnent que la commission du renseignement endosse les manœuvres du FBI pour fausser les résultats concurrent qui s’est toujours distancié du programme d’interrogatoires. L’ex-avocat conseil de la CIA, John Rizzo, qui vient de publier ses mémoires – Company Man – sur son rôle clé après 11 Septembre, a déclaré récemment éprouver de «la satisfaction» à voir la NSA sur la sellette après l’affaire Snowden. «Pour une fois, ce n’est pas nous!», ironisait-il, critiquant «l’hypocrisie de l’Administration Obama», qui s’acharne contre les méthodes de l’ère Bush, mais «n’a aucun état d’âme à aller assassiner sans procès des terroristes présumés hors des frontières à coups de drones». Sa réaction illustre un sentiment de frustration répandu à la CIA, qui a l’impression de jouer au bouc émissaire.

L’annonce de la déclassification imminente (3 avril) du rapport intervient alors que la CIA est en guerre ouverte contre le Sénat. D’ordinaire plutôt coopérative vis-à-vis des agences de renseignement, dont elle est censée être un garde-fou depuis la période post-Watergate, la commission de renseignement a accusé la centrale d’avoir entravé le travail des assistants parlementaires et d’avoir supprimé des documents de leurs serveurs. Le patron de la CIA, John Brennan, a nié en bloc, accusant la commission d’avoir forcé ses sites confidentiels sans autorisation. La redoutable (« implacable » selon le Washington Post) Dianne Feinstein (présidente de la commission du renseignement) est montée au front. La torture n’ a pas conduit à Ben Laden a-t-on fait remarquer à cette occasion. Comme à l’habitude le Washington post a publié une série d’articles bien documentés dont un du célèbre éditorialiste David Ignatus.

 

Pour en savoir plus :

– Dossier Guantanamo de Nea say: (FR)

– Dossier de Nea say sur la CIA : vols secrets, prisons secrètes et torture: (FR)

– Articles du Washington post: (EN) / (EN) / (EN) / (EN) /  (EN) / (EN) / (EN)