Une question s’impose : mais que fait l’Europe ? Elle surgit de la lecture du rapport qui a reçu un accueil spectaculaire dans l’opinion publique et les médias. Le rapport  lu, on ne peut que ce n’est qu’exceptionnellement et furtivement que s’interroger sur l’efficacité d’une stratégie reposant sur une approche purement nationale. C’est claire, une telle approche est totalement inopérante or ce n’est qu’exceptionnellement et furtivement que l’Europe apparait dans la septième et dernière recommandation. Une fois de plus si non un black out total  mais une minoration que rien ne justifie. Ajoutons que les pratiques de dopage sont au cœur de la criminalité européenne transfrontière comme l’a démontré la commission d’enquête CRIM du Parlement européen que préside Sonia Alfano..

Il convient de rappeler avant toute chose que le sport est une nouvelle compétence européenne porteuse de nouveaux enjeux. En effet, le traité de Lisbonne confère à l’Union européenne une compétence nouvelle : celle de participer activement à la promotion des activités physiques et sportives dans l’optique d’une part d’améliorer la santé et le bien-être des citoyens européens, mais aussi de renforcer le rôle que peut jouer le sport dans la cohésion sociale et l’éducation à l’échelle européenne. Le sport est désormais présenté comme relevant de la dimension européenne. Mais les institutions européennes n’ont pas attendu l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne pour s’intéresser de façon précise et détaillée au sport : la lecture de « Pour en savoir plus » en apporte la preuve, largement.

Si le rapport du Sénat français s’est limité sur le plan opérationnel en ne donnant pas d’emblée la dimension européenne appropriée à son rapport, dimension qui seule convient, ce rapport est de bonne facture et mérite qu’on y apporte une grande l’attention.

Ce rapport, très attendu, est un état des lieux précis et détaillé, essayant de faire le bilan de l’efficacité de la lutte contre le dopage. Malheureusement l’opinion publique n’a retenu que l’aspect « sensationnel »  des révélations concernant les noms de différents champions de renom. Procédant ainsi on a fait que détourner l’attention du cœur du rapport. Pour Jean-Jacques Lozach, le rapporteur, l’objectif est aussi de dégager des solutions consensuelles permettant de renforcer l’efficacité de cette politique publique. Son extension à l’UE ou aux pays membres du Conseil de l’Europe n’en aurait donc que plus d’intérêt. Et pour réaliser cette étude, 86 personnes à l’expertise diverse en matière de dopage  ont été auditionnées par la commission d’enquête. Le rapport fait état des difficultés de la France en termes de politique antidopage à cause du temps de retard des contrôles sur le dopage. Les raisons de ces difficultés sont montrées du doigt par le rapport.  Les pouvoirs publics auraient une connaissance trop faible des produits dopants; la politique préventive face au dopage serait trop timide et mal ciblée; le laboratoire d’analyse français aurait des lacunes en matière de recherche et la répartition des compétences pour la prise de sanction ne serait pas assez claire.

Le rapport se focalise sur les  sept piliers indispensables à la lutte contre le dopage et 60 propositions. Pour remédier à ces difficultés le rapport cite 7 piliers indispensables à la lutte contre le dopage. Le premier pilier réside dans la connaissance qui évite une sous-évaluation des pratiques de dopage dans le sport. La prévention, deuxième pilier, devra être redynamisée et viser des cibles claires.  Le troisième pilier basé sur le contrôle pourra mettre l’accent sur la qualité plus que sur la quantité avec la multiplication des contrôles inopinés. La précision de l’analyse des contrôles, quatrième pilier, apparait comme indispensable au rapporteur et passe par un investissement des laboratoires dans la recherche. Le Cinquième pilier réside sur la sanction qui doit être uniforme et prononcée par un organisme indépendant. Le sixième pilier de la pénalisation pourrait être amélioré si les dispositifs juridiques sont simplifiés.  Enfin le dernier pilier vise à renforcer la coopération entre les pays européens dans la lutte contre le dopage. Bref « connaître, prévenir, contrôler, analyser, sanctionner, pénaliser, coopérer »

Afin de renforcer l’efficacité de la lutte contre le dopage à chacune de ces étapes, le rapport énonce 60 propositions. Il s’agit par exemple de financer les études épidémiologiques afin d’avoir une meilleure connaissance des pratiques dopantes et des risques sanitaires encourus. Dans le cadre des analyses, il est proposé que soit élargi le champ des substances recherchées quitte à diminuer le nombre d’analyses. Enfin, on peut relever la proposition visant à la mise en place d’un mécanisme de repentis pour améliorer l’efficacité générale de la lutte antidopage qui passe par la modulation des sanctions des sportifs en fonction des éléments fournis. Autres recommandations intéressantes :transférer le pouvoir de sanction des sportifs des fédérations nationales sportives vers les agences publiques de lutte contre le dopage, instaurer la possibilité de contrôles inopinés de nuit, passer à quatre ans la durée de suspension en cas de dopage lourd, pénalisation  des pratiquants non professionnels détenant des produits dopants car le dopage est loin d’être l’apanage des professionnels ou des pratiquants amateurs. Autant de possibilités et de mesures à mettre en place dans les quelles aller piocher.

Une fois de plus le sport est en danger et l’on attend du Parlement européen comme de la Commission des initiatives fortes en direction des Etats membres et tout ce que ces deux institutions ont entrepris ne doit pas rester lettre morte. C’est aussi une approche globale qu’il convient de mettre en œuvre : ces deux institutions européennes ont abordé les problèmes connexes des paris et match truqués, de la violence dans les stades, du racisme.  L’Agence mondiale anti dopage (AMA° a accueilli favorablement et a manifesté sa satisfaction d’avoir été associé au processus. Elle étudiera avec la plus grande attention les recommandations.

La Commission européenne n’a pas à ce jour fait connaître ses réactions et s’en tient à sa position traditionnelle telle qu’elle est indiquée sur son site : l’’essor constant du commerce du sport professionnel a conduit à une tentation plus grande de prendre des drogues pour améliorer les performances. Le dopage est une menace pour le sport dans le monde entier, notamment en Europe. Il ébranle le principe de concurrence ouverte et équitable. C’est un facteur démotivant pour le sport en général, et il met les professionnels sous une pression excessive. Il détériore gravement l’image du sport et constitue une menace sérieuse pour la santé des personnes. Au niveau européen, la lutte contre le dopage doit tenir compte aussi bien de la répression que de la santé et la prévention. Il convient de remarquer que le problème du dopage n’existe pas seulement dans le domaine du sport professionnel. Des études menées par la Commission européenne révèlent que les athlètes amateurs utilisent de plus en plus les produits dopants. Le dopage devient donc un problème qui touche l’ensemble la société. (cf.infra « Pour en savoir Plus »)

Pour en savoir plus

      -. Rapport du sénateur Jean-jacques Lozach , annexes, présentation du rapport et conférence de presse http://www.senat.fr/rap/r12-782-2/r12-782-2.html

      – . Site de la Commission européenne consacrée au dopage (FR) http://ec.europa.eu/sport/what-we-do/doping_fr.htm (EN) http://ec.europa.eu/sport/what-we-do/doping_en.htm

      -. Convention du Conseil de l’Europe contre le dopage (FR) http://conventions.coe.int/Treaty/fr/treaties/html/135.htm (EN) http://conventions.coe.int/Treaty/en/treaties/html/135.htm

      -. Dossiers et documents de référence du Conseil de l’Europe sur le dopage (FR) http://www.coe.int/t/dg4/sport/Doping/Default_fr.asp (EN) http://www.coe.int/t/dg4/sport/Doping/Default_en.asp

      -. Rapport du Parlement européen sur la dimension européenne du sport (FR) http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+REPORT+A7-2011-0385+0+DOC+XML+V0//FR (EN) http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+REPORT+A7-2011-0385+0+DOC+XML+V0//EN

      -. Dossier sport de Nea say http://www.eu-logos.org/eu-logos-nea-recherche.php?q=sport&Submit=%3E

      -. Site de sport et citoyenneté http://sportetcitoyennete.com/

      -. L’organisation du sport dans les Etats de l’Union européenne http://sportetcitoyennete.com/publications_gouvernance.htm

      -. Site de l’Agence mondiale anti-dopage (AMA) http://www.wada-ama.org/fr/