La mobilisation contre le travail des enfants marque le pas. Tel est le constat du Bureau international du travail (BIT) dans son dernier rapport. D’après les statistiques de l’organisation sur l’année 2008, 215 millions d’enfants sont astreints au travail. Cela représente 13,6 % de la population totale des moins de 18 ans, contre 14,2 % en 2004. « Les progrès ne paraissent ni suffisamment rapides, ni suffisamment complets pour permettre d’atteindre les objectifs que nous avons fixés », commente Juan Somavia, directeur général du BIT.

Le monde s’est engagé à éliminer les pires formes de travail des enfants, celles qui mettent en péril leur santé ou leur sécurité, d’ici à 2016 dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Ce problème touche encore aujourd’hui 115 millions d’enfants, contre 128 millions en 2004. Les progrès relevés en la matière concernent essentiellement les filles (– 25 %) et les jeunes entre 5 et 14 ans (– 31 %). « Dans ses pires formes, le travail des enfants recule plus vite que les autres formes de labeur », note le rapport. La plupart des enfants continuent d’être employés dans l’agriculture (60 %) puis les services (27 %) et l’industrie (7 %). Un sur cinq seulement est rémunéré. L’Asie demeure le continent le plus touché en nombre avec 116 millions de jeunes concernés mais également la zone dans laquelle les progrès sont les plus sensibles (– 4 %), suivi par l’Amérique latine (– 1 %). « L’Afrique subsaharienne se trouve dans la situation la plus alarmante, précise le rapport. Dans cette région, un enfant sur quatre travaille et un sur huit occupe une fonction dangereuse pour sa santé. »

Quel que soit le continent, l’emploi des enfants recule plus vite en paroles qu’en actes. La convention sur les pires formes de travail a été ratifiée par 171 des 183 États membres de l’Organisation internationale du travail (OIT) en moins de quinze ans, un record pour un traité international. Et des discussions sont engagées avec les dernières nations qui manquent à l’appel, parmi lesquelles l’Inde et les États-Unis. « Mais le nombre de pays qui ont fixé des objectifs assortis d’un calendrier demeure encore très faible », regrette le directeur général du BIT, Juan Somavia. Il en appelle à une prise de conscience des syndicats et des employeurs à l’échelon national. 

En 2006, le deuxième rapport quadriennal du BIT était encourageant. Partout dans le monde, le travail des enfants était en fort recul et une éradication complète des pires formes de travail pouvait être envisagée par le BIT à l’horizon 2016. Quatre ans plus tard, l’optimisme a laissé place à l’inquiétude. Indépendamment de la récession économique mondiale dont les effets sont encore difficiles à évaluer, le nombre d’enfants travaillant dans le monde est passé de 222 à 215 millions, soit une baisse de 3% seulement entre 2004 et 2008, souligne le BIT dans sont troisième rapport quadriennal intitulé « Accélérer l’action contre le travail des enfants ».

« Ce chiffre montre un ralentissement du rythme de réduction à l’échelle mondiale. Les progrès sont irréguliers : ni assez rapide, ni suffisamment étendus pour atteindre les buts que nous nous sommes fixés », explique le Directeur général du BIT, Juan Somavia, qui réclame de nouveaux efforts à grande échelle. « Nous devons amplifier notre action, passer à la vitesse supérieure », insiste-t-il, prônant le lancement d’une campagne globale pour redynamiser la lutte contre le travail des enfants.

Même conclusion pour la Directrice du Programme international pour l’abolition du travail des enfants (IPEC), Constance Thomas, qui regrette que la diminution du travail des enfants à l’échelle mondiale soit désormais « plus lente et plus modeste ». Elle rappelle que sur les 215 millions d’enfants qui travaillent encore aujourd’hui dans le monde, 115 millions sont exposés à des « travaux dangereux », un qualificatif souvent utilisé pour évoquer les pires formes de travail. Le rapport montre que si le schéma d’ensemble de réduction du travail des enfants a été préservé, la situation est contrastée en fonction du sexe, de l’âge et des régions du monde.

Les progrès les plus substantiels concernent les enfants âgés de 5 à 14 ans, une tranche d’âge où le nombre d’enfants au travail a baissé de 10% globalement et de 31% quand il s’agit de travaux dangereux. Autre tendance satisfaisante, le travail des filles dans cette tranche d’âge a diminué de 15% par rapport à 2006. « En fait, l’essentiel du déclin mondial résulte de la réduction du nombre de fille impliquées », souligne Constance Thomas. Elle s’inquiète en revanche de l’augmentation de 7% du nombre de garçon âgés de 5 à 14 ans qui travaillent. Un chiffre qui prend des proportions alarmantes pour la tranche 15-17 ans, avec 62 millions d’adolescents au travail, contre 52 millions en 2006, soit une hausse d’environ 20%. L’analyse par région proposée par le rapport quadriennal fourni aussi des éléments importants pour l’organisation de la prévention et de la lutte contre le travail des enfants. Elle montre notamment qu’en Asie, dans le Pacifique, en Amérique latine et dans les Caraïbes, le travail des enfants continue de diminuer, alors qu’en Afrique subsaharienne, il continue d’augmenter, faisant même de cette région du monde la zone géographique où la proportion d’enfants qui travaillent est la plus forte, avec un enfant sur quatre.

Selon Constance Thomas, l’Afrique reste d’ailleurs l’un des défis majeurs de la lutte contre le travail des enfants, au même titre que la modernisation de l’agriculture –secteur d’activité qui emploie le plus grand nombre d’enfants- et la lutte contre les formes dissimulées du travail des enfants, qui sont souvent les pires. « La méthode pour résoudre le problème qui prend ses racines dans la pauvreté est claire », souligne-t-elle. « Il faut s’assurer que tous les enfants ont accès à une éducation de qualité, il faut des systèmes de protection sociale qui assistent les familles les plus démunies pour scolariser leurs enfants, il faut s’attaquer à la pauvreté en garantissant aux adultes des possibilités d’emplois décents ». Autant de mesures qui doivent être encouragées en dépit du contexte de crise, car « soit les gouvernements l’utilisent comme une excuse supplémentaire pour réduire les dépenses sociales fondamentales telles que l’éducation et l’aide internationale, soit ils la considèrent comme une chance pour mobiliser la volonté politique nécessaire et donner la priorité à l’élimination du travail des enfants, en le considérant comme un investissement propice au développement ».

De son côté la FAO s’inquiète du travail des enfants dans le secteur de la pêche alors que ce secteur est une des activités professionnelles les plus dangereuses au monde. »A l’échelle mondiale, 132 millions de filles et de garçons âgés de 5 à 14 ans travaillent dans l’agriculture; ce chiffre comprend également le secteur des pêches et de l’aquaculture », indique Rolf Willmann du Département des pêches et de l’aquaculture de la FAO. « Mais comme le travail des enfants dans les pêches est morcelé entre les entreprises artisanales et familiales – ou est habilement dissimulé par les employeurs – il est difficile d’obtenir des données objectives sur l’ampleur véritable du problème, ce qui complique la tâche de nombreux responsables politiques », souligne-t-il.

Parmi les opérations employant des enfants figurent la pêche active, la préparation des repas en mer, la plongée pour capturer les poissons des récifs ou libérer des filets restés accrochés, le rassemblement du poisson dans les filets, l’épluchage des crevettes ou le nettoyage des poissons et des crabes, la réparation des filets, le tri, le débarquement, le transport des prises, la transformation et la vente. Souvent, le risque pour les enfants va au-delà des dommages corporels. « Le travail des enfants perpétue fréquemment le cercle vicieux de la pauvreté, a un impact négatif sur les taux d’alphabétisation et la scolarisation et entrave le développement mental et physique des enfants », selon M. Willmann. La plupart des experts conviennent que le travail des enfants dans les pêches est un problème diffus. Mais les données manquent et les statistiques regroupent souvent les pêches, la foresterie, l’agriculture et l’élevage. Tous ces secteurs confondus affichent le pourcentage le plus élevé d’enfants travailleurs, soit 70% du total mondial. Le travail des enfants dans les pêches existe dans toutes les régions du monde, même si c’est en Afrique et en Asie qu’il est le plus problématique.

C’est dans ce contexte que s’est ouvert le 10 mai à la Haye la Conférence mondiale sur le travail des enfants.

Texte du rapport http://www.la-croix.com/Rapport-2010-du-BIT-sur-le-travail-des-enfants/article/2425302/1306