Europe : quel héritage ? oui, sans aucun doute, mais surtout quelles responsabilités !

 

Comment retrouver le sens et le bonheur de l’action commune, de la solidarité. Le projet européen est exigeant, mais l’avenir de l’Europe est à ce prix. Les citoyens sont adultes, raisonnables. A la veille de la guerre en Irak, Giscard d’Estaing, présidant alors la Convention, fit un discours important devant le Sénat belge, une phrase prononcée par lui s’imposa alors aux observateurs : les peuples sont en avance sur leur gouvernement.

Que ces mêmes gouvernements se donnent la peine d’assumer l’évolution du monde que par ailleurs ils connaissance parfaitement. Qu’ils renforcent leur union pour que celle-ci soit efficace. Qu’ils respectent les engagements qu’ils ont pris entre eux. Ils retrouveront alors derrière eux leur peuple, plutôt que d’habiller leur propre immobilisme sous des velléités et des peurs qu’ils attribuent injustement aux peuples qu’ils gouvernent. Passer du slogan à la réalité.

Notre héritage, il est bien connu : parler de l’Europe unie cinq ans seulement après le conflit le plus dévastateur de tous les temps. Audace inouïe ! nous en sommes les dépositaires et aussi les acteurs, encore et toujours à l’ouvrage.

Alors quand il faut prendre à bras le corps la concurrence mondiale, le changement climatique, l’insécurité énergétique, le vieillissement démographique, les flux migratoires, l’innovation, l’agenda numérique, la sécurité alimentaires, l’investissement dans les infrastructures de demain etc…l’heure n’est plus aux hésitations des timorés. C’est pour l’Union européenne l’heure de vérité.

Devant tous ces défis, notre chance, la seule issue possible c’est la dimension européenne, aller plus loin dans la coordination et dans nos engagements, définir l’intérêt européen, dégager l’accord consensuel, défendre avec âpreté et détermination les valeurs et les intérêts européens sur la scène internationale.

Un nouveau chantier vient d’être ouvert, une nouvelle stratégie économique lancée : la « stratégie Europe 2020 ». Un nouveau modèle de croissance, un immense chantier de rénovation. Pour une Europe de la connaissance et de l’innovation, une Europe du plein emploi et de la cohésion sociale avec moins d’exclus. C’est ce qui permettra de sauvegarder notre économie sociale de marché, notre modèle de société. On ne peut continuer à invoquer rituellement la solidarité s’il n’y a pas dans les faits plus de coopération et plus d’efforts coordonnés pour aller de l’avant, ensemble. Aucune réticence, aucune exception ne sont  de mise lorsqu’on parle d’objectifs, c’est aussi et d’abord l’éducation comme la lutte contre la pauvreté. Comment  peut-on parler de politique économique et donc de compétitivité sans parler de compétences et de qualifications professionnelles, donc sans parler d’éducation et de formation ? Comment appeler à l’effort du « tous ensemble », sans atténuer la précarité et la détresse humaine des exclus ?

Réussir la stratégie 2020, c’est passer d’une logique de résultats, celle de la stratégie de Lisbonne avec peu de contraintes, à un accord sur les moyens à mettre en œuvre, avec des mécanismes de contrôle crédible. Sortir de la crise, c’est sortir de « cette interrègne où selon Gramsci, meurt le vieil ordre alors que le nouveau ne parvient pas encore à naître ».