Alors que certains Etats semblent vouloir oublier ce dossier embarrassant, quatre groupes politiques du Parlement de Strasbourg veulent relancer l’enquête sur les vols secrets et les prisons de la CIA en Europe. Socialistes, libéraux et démocrates, Verts et Gauche unie vont demander à la Commission et au conseil des ministres de venir s’expliquer. Nea say s’étonnait dans un précédent numéro au lendemain de la publication du rapport de l’ONU que le Parlement européen reste silencieux lui qui, avec le Conseil de l’Europe avait été à la pointe du combat.


Depuis un rapport détaillé du Conseil de l’Europe en 2006 (Rapport Dick Marty), des votes du Parlement en 2007 et 2009  suite à la commission d’enquête temporaire et au rapport Fava et des appels récents d’Amnesty International, rien n’a vraiment bougé y compris après la publication fin janvier du rapport de l’ONU publié à son tour par Nea Say. ‘On nous dit que tout cela n’a jamais eu lieu alors que l’on a clairement assisté à des violations graves des traités internationaux’, s’étonne Sarah Ludford, députée libérale britannique. Les dernières informations sur les opérations antiterroristes secrètes des services américains indiquent que 66 Etats ont été complices d’enlèvements, de détentions illégales, de transferts vers des pays tiers et, pour 14 suspects, vers le camp de Guantanamo. Aux Etats-Unis, l’ex-président George Bush a confirmé l’existence de ces opérations, révélées par la presse. En Europe, où l’on aurait recensé un millier de vols suspects, cinq pays ont été cités pour leur implication : Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Pologne, Roumanie. Dans un sixième, la Lituanie, l’existence de deux sites clandestins vient d’être confirmée. Préparés en 2004 et 2005, ils étaient dissimulés dans des bâtiments officiels. Une enquête pénale en cours déterminera s’il y a eu détentions et tortures. L’ancien ministre des affaires étrangères Vygaudas Usackas devra sans doute s’expliquer à nouveau, même s’il vient d’être nommé envoyé spécial de l’Union européenne en Afghanistan. Démissionné il y a quelques mois par la présidente lituanienne Dalia Grybauskaite, pour ‘manque de confiance’, M. Usackas a été entendu, mardi 23 mars, à Bruxelles, par les eurodéputés sur sa mission à Kaboul. Il a nié toute implication dans les opérations de la CIA dans son pays

Amnesty International, notamment, demande des enquêtes solides dans les pays, des compensations pour les victimes innocentes et des réformes pour éviter la réédition de ces pratiques. Au Royaume-Uni, les preuves s’accumulent. En Allemagne, un arrêt de la Cour constitutionnelle indiquant que le gouvernement n’a pas délivré toutes les informations est resté sans suite. En Italie, 23 personnes (des Italiens et des Américains) ont été jugées, mais juste pour l’enlèvement d’un suspect, qui avait ensuite été transféré et torturé en Egypte. En Roumanie, une enquête gouvernementale a exonéré tous les acteurs étatiques. En Pologne, le parquet poursuit ses investigations, l’identité de deux victimes a été révélée. D’autres pays membres de l’UE sont soupçonnés. Le Portugal, où l’on a recensé une centaine de vols secrets, a mis fin aux enquêtes, déplore l’eurodéputée socialiste Ana Gomes. « L’Espagne n’a pas fait le travail nécessaire », dénonce l’élu Vert Raül Romeva i Rueda.

C’est pourquoi Sarah Ludford (ADLE britannique), Ana Gomes (S&D portugaise), Raul Romeva (Verts/ale espagnol) er Willy Meyer (GUE/NGL) ont demandé aux Etats membres de « s’engager à nouveau dans les enquêtes complètes, impartiales et efficaces sur les allégations de complicité dans les restitutions de prisonniers à la CIA, y compris les conséquences allant jusqu’à la torture, l’existence de centres de détention secrets sur leur sol et à s’engager à  tenir pénalement pour responsables les auteurs de ces abus ». Les députés ont également annoncé qu’ils allaient demander à la Commission et au Conseil de venir au Parlement européen afin de tenir un débat sur la nécessité d’action de la part de l’UE sur les activités liées aux restitutions (« renditions ») dela CIA et à la présence de prisons secrètes sur le sol européen lors d’une prochaine session.