La tentative d’attentat ratée sur un vol entre Amsterdam et Detroit, vendredi, a relancé, aux Etats-Unis comme en Europe, le débat sur la sécurité dans les aéroports et la généralisation des scanners corporels.

L’auteur des faits a en effet utilisé un mélange de poudre explosive et d’un liquide que ne décèlent pas les détecteurs de métaux. Lundi 28 décembre, le gouvernement britannique a ainsi annoncé qu’il envisageait d’installer « aussi vite que possible » ces appareils dans tous les aéroports du Royaume-Uni.

Le scanner corporel ressemble à un sas dans lequel on envoie des ondes millimétriques (UHF) pour traverser les habits et dessiner le corps dévêtu des passagers en 3D. Ces rayonnements électromagnétiques seraient inoffensifs pour la santé. En trois secondes, ils permettent de voir l’entièreté des formes d’un individu. Selon la Commission européenne, cet outil pourrait être une alternative aux fouilles manuelles et ne sera jamais rendu obligatoire. (cf. Nea say)

Ces scanners corporels, qui permettent de dessiner le corps dévêtu des passagers en 3D et de détecter en trois secondes des armes et des explosifs que ne signaleraient pas les portiques classique, ont d’ores et déjà été installés dans dix-neuf aéroports américains, selon le New York Times. Sur demande de Washington, la Commission européenne a envisagé d’étendre leur utilisation aux aéroports européens, mais a dû faire marche arrière après le tollé provoqué par ce projet au Parlement européen. (Cf. Nea say). Les eurodéputés se sont en effet opposés en octobre 2008 à une écrasante majorité (361 voix contre 16 et 181 abstentions) à cette « fouille au corps virtuelle », y voyant une atteinte au « droit à la vie privée, le droit à la protection des données et le droit à la dignité personnelle ». Un des plus ardents opposants à ces mesures fut le député social-démocrate bavarois Wolfgang Kreissl-Dörfler, y voyant l’illustration de la « paranoïa des ministres de l’intérieur » des Vingt-Sept en matière de terrorisme.

Malgré l’opposition des eurodéputés, le « body scanner » fait déjà l’objet depuis début 2008 d’expérimentations dans les aéroports de Schiphol-Amsterdam, Londres (Heathrow), Manchester ou Zurich (voir la vidéo de présentation ci-dessous). La France envisageait elle aussi de le tester à l’aéroport de Nice, mais elle a dû suspendre son projet dans l’attente de nouvelles dispositions de la Commission, explique-t-on à la Direction générale de l’aviation civile. Mais la Commission hésite et refuse de se heurter une nouvelle fois aux députés européens, ne décourageant pas une utilisation « encadrée » des scanners mais refusant de la rendre obligatoire. D’autres voix s’élèvent contre l’inutilité d’un renforcement des mesures qualifiées de dérive technologique, de fantasme, de paranoïa sécuritaire au lieu de s’attaquer aux réseaux. D’autres s’interrogent : pourquoi limiter aux aéroports et les transports en commun ?